Entretien avec Myriam Tirler et Olivia Creed

Myriam Tirler et Olivia Creed

J’aime bien ces noms-là. Ils sonnent comme des noms de scène, des noms de comédiennes.
Ils vont bien avec l’histoire, ils claquent à l’oreille comme les coups de revolvers des bandits dans les westerns. C’est justement là que Myriam et Olivia nous entrainent, au pays des cow-boys, de l’oncle Sam, des tournois de catch et des Chevrolet vrombissantes.
Tout commence par une rencontre en Suisse, à l’école de photographie de Vevey, où Myriam et Olivia deviennent amies. Quelques années après la fin de leur formation, elles décident de monter un projet, en autofinancement.

Nous sommes à l’été 2010. Myriam et Olivia vont passer 120 heures dans leur voiture de location, traverser durant 3 semaines les 7201 km qui séparent Chicago de San Francisco sans suivre un itinéraire précis, et prendre au minimum une photo par jour.
Olivia, celle qui se présente comme la « photographe dilettante » du binôme, sera photographiée par Myriam, tout le long du parcours. Mais pas que. Les jeunes femmes ont ramené plus de 700 images de leur road trip. Une collaboration dont le soutien mutuel qu’elles se sont apportées transparait à chaque image.
Les images … Parlons-en. Quand je rencontre les deux photographes dans les locaux d’Act’Image, l’Amérique est là, tout autour de nous, en grand format.
Mais à l’heure où j’écris cet article, le livre tiré de leur travail devant les yeux, c’est l’Amérique qui m’aspire.
L’odeur, la matière de l’ouvrage et les couleurs de leur voyage qui m’inspirent.
Il y a de quoi. Ce n’est pas par hasard que Myriam et Olivia ont choisi les USA. Il s’agit d’une destination fantasmée, un buffet cinématographique à volonté, une source d’inspiration musicale pour chaque génération.
Pourtant Myriam et Olivia ont connu des déceptions, comme lors de la découverte de Tulsa, la ville de Larry Clark, qu’elles n’avaient pas imaginée aussi vide, lugubre et dépourvue de skate park.
Mais elles ont aussi connu des moments suspendus comme justement à la sortie de Tulsa, lorsque la route s’offrait à elles, avec ses promesses, ses espoirs, toute nue.
Du premier jour rempli d’excitation, à l’épuisement du dernier, elles ont su trouver l’inspiration pour créer un récit mêlé de fiction et de reportage, de mises en scène et de rencontres.
Après avoir laissé décanter le tout trois années, Myriam et Olivia, par l’intermédiaire d’un ami, ont présenté leur travail à Patrick Le Bescont, le directeur des éditions Filigranes.
Six mois ont été nécessaires pour améliorer la maquette initiale. Tout comme au cours de leur voyage, Myriam et Olivia ont accepté de se laisser surprendre, de ne pas suivre un chemin linéaire, de ne pas encombrer leur périple photographique par des mots qui n’auraient été que bruit supplémentaire.

Ces deux filles-là donnent à découvrir un récit intime, dans lequel on se perd à comprendre s’il s’agit ou non de la réalité. C’est un travail à leur image, entre jeu de miroir, fausse fraternité et véritable complicité, dans une Amérique qu’on ne saurait ne pas aimer.

Par Laurence Escorneboueu